Photo de Toulouse

Marc DESARME (1943-2022)

Marc DESARME

     Marc était né à Tourcoing en 1943, un 21 juin. Son père était commissaire de police, sa mère s’occupait de ses deux fils. Il est parti trop discrètement en octobre 2022 ; le handicap l’avait peu à peu éloigné de la communauté qu’il s’était choisie dès son plus jeune âge, celle des artistes.
En effet, il commence à peindre dès l’âge de sept ans, copie, jusqu’à les connaître par cœur, les dessins de BOTTICELLI découverts dans un livre offert par son père. Des Nus de ce peintre, tracés sur les murs de l’école catholique Saint-Blaise, lui valent son exclusion à douze ans ! Voyant combien leur fils s’ennuie à l’école, ses parents – par chance grands amateurs d’art – l’encouragent à continuer le dessin. Ils demandent au célèbre peintre belge Paul DELVAUX de lui donner des cours ; Marc sera son unique élève. Il lui enseigne le nombre d’or, l’art de la composition et de la tempera, l’initie au surréalisme. Sur les conseils du peintre, il entre aux Beaux-Arts de Tourcoing avec une dérogation du préfet à cause de son jeune âge ; il y obtiendra le CAFAS.

     Toujours précoce, il se marie à 17 ans et aura trois fils. À 20 ans, il fait son service militaire. Sa participation, pour la citadelle de Lille, à l’exécution de trois peintures monumentales avec Jean-Pierre SALOMON lui évite le départ pour la guerre d’Algérie. En 1965, il participe au Salon d’Automne au Grand Palais et expose en galerie à Lille.

Marc DESARME

Marc s’installe alors à Paris. Il expose à nouveau au Salon d’Automne en 66 et 67, ainsi qu’à la galerie DUNKAN où il rencontre le poète Louis ARAGON qui lui achète une œuvre, une scène de cirque. Il va travailler pendant sept ans comme illustrateur publicitaire indépendant et collaborer avec le graphiste et metteur en scène Jean-Paul GOUDE.
En 80, il participe à l’émission de télé “Jouer sur deux tableaux“ : il y gagne dix Prix sur douze. Ces succès vont financer les voyages à venir qui le conduisent, lui et sa famille, à Madrid à la Casa Velasquez où ils séjournent pendant un an. En 1982, il part pour Madagascar. C’est là que, sollicité par des moines, il va pendant sept ans s’occuper de lépreux au monastère de Tuléar. La peinture l’abandonne un temps : il est trop pris par cet engagement difficile. La situation politique de l’île se dégradant, il revient en France en 1989 où, par chance, il avait gardé son appartement au Raincy, en Seine-Saint-Denis. Il reprend alors son travail d’illustrateur, renoue avec les expositions au Grand-Palais, en galerie, en Allemagne…

Marc DESARME

     C’est dans les années 90 que le vent tourne pour Marc : son divorce, des deuils, les décès de ses trois enfants vont se succéder et alourdir son horizon. Comble de malheur, en 1991, il est ruiné par l’incendie de son atelier. Il perd à la fois son habitation et quatre-vingts toiles, dont celles qu’il préparait pour sa prochaine exposition. Il n’en sauve qu’une : une miniature. Hébergé chez des amis, il travaille d’arrache-pied et peut quand même présenter son travail à la galerie VÉDÈRE au Raincy.
Désormais sans attaches, il trouve refuge à Toulouse. Il reçoit le soutien de son amie la poétesse Edmonde BALLARD-TAILLARD dont il avait illustré un livre, Le bleu, l’ombre et l’ange qui obtiendra le Prix JEANNE-MARVIG décerné par l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse. Il continue un temps à montrer ses œuvres à Paris, dans des galeries faubourg Saint-Honoré ou rue Miromesnil. Entre autres récompenses, il reçoit en 94 le premier Prix de la ville de Paris en présence du maire, Jacques CHIRAC.
En 2008, lors d’une de ses expositions à la galerie Roger BETTI, le galeriste l’encourage à se présenter au Salon des Méridionaux. Il y participe cette même année, et en deviendra un exposant assidu, puis un fidèle sociétaire de l’association.

     Mais un sort mauvais s’acharne sur l’artiste : la maladie et le handicap viennent à leur tour appesantir sa vie. C’est donc avec un intérêt particulièrement gourmand qu’il assistera à toutes nos réunions ; elles le remettent sur les rails et lui redonnent l’envie de créer. Il passe tout son temps dans son atelier – aménagé pour lui dans la maison de retraite de Sainte-Foy-de-Peyrolières – pour s’adonner à ce qui a toujours été l’essentiel pour lui : la peinture.
La rétrospective que la SAM lui a consacrée en mars 2018, à la Bibliothèque universitaire de l’Arsenal à Toulouse, vient couronner une vie vouée entièrement à son art. Il se disait surréaliste et symboliste, peintre d’œuvres monumentales aussi bien que miniaturiste (inspiré par la découverte, tout jeune, des Très Riches Heures du duc de Berry). Ses toiles, que l’on trouve dans les collections privées et dans des musées de par le monde, vont manquer à nos prochains Salons. Notre thème d’aujourd’hui, “Équilibre“, lui aurait tellement bien convenu, passionné qu’il était du nombre d’or et de la construction parfaite.

Françoise ALRIC



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